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9 Sep 2011

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Cultures, identités, religions, valeurs : les interactions de civilisation en Méditerranée

En ce début d’année 2011, les soulèvements du «   printemps   arabe  »   ont   révélé à   la   face   du   monde   les   profondes mutations   vécues  par  les   sociétés  arabes  : sécularisation,  aspiration  à la démocratie, rôle croissant  des  femmes  dans  la  vie  politique… Ces   changements   au   long    cours    étaient jusque-là  occultés  par  une  vision  du  monde méditerranéen   prisonnière   de  la  théorie du « choc des civilisations », présentant le monde islamique comme ennemi préférentiel et organique du monde occidental. Introduite  par l’orientaliste  anglais Bernard Lewis et popularisée par le politologue américain Samuel Huntington dans les années 90, cette théorie a été confortée par l’actualité  souvent tragique de certains pays musulmans, confrontés à la montée des mouvements fondamentalistes religieux et au raidissement des régimes autoritaires.

 

De nombreuses voix discordantes se sont exprimées au sein de la communauté des sciences humaines et sociales, mettant en avant les processus d’hybridation et les effets d’interaction au sein du monde méditerranéen, dessinant un territoire particulier  dans le mouvement de la globalisation. Ce sont les nouveaux contours de ce territoire mouvant que la recherche sociologique et anthropologique devra saisir. Quelle sera l’évolution des pratiques religieuses et des formes de « vivre ensemble » entre les grandes religions en présence ? Quels seront les niveaux de convergences et de divergences des valeurs et des représentations ? Quels seront les nouveaux horizons de références culturelles et identitaires qui émergeront ? Quels en seront les modes de production et d’expression ? Quelles seront  les nouvelles  formes  de recours au passé en réponse aux nécessités sociales, politiques ou économiques du présent ?

 

 

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NOTE INTRODUCTIVE

 

Au niveau géopolitique, le bassin méditerranéen correspond à l’ensemble  des pays qui bordent  la mer  Méditerranée. D’un point  de vue géographique, il  est délimité  au nord

par les massifs montagneux des Pyrénées pour la péninsule ibérique, des Alpes pour la péninsule italienne et des Alpes dinariques   et   des  Rhodopes  pour   la   péninsule   balkanique. À l’est, il inclut la péninsule d’Anatolie et le Levant, bordés par la chaîne des Monts Taurus et le désert du Néguev. Au sud, il comprend la  région  du  Maghreb,  la  Libye et  l’Egypte,  avec pour  limites les  montagnes de l’Atlas  et le  désert du Sahara. Cet ensemble biogéographique se caractérise par son climat méditerranéen, chaud et sec en été, doux et humide en hiver. Il possède des milieux naturels terrestres  et aquatiques, une flore et une faune, très originaux, ce qui en fait l’un des 34 points chauds de la biodiversité mondiale, caractérisé par une exceptionnelle diversité d’espèces endémiques au sein d’écosystèmes particulièrement  menacés par les changements globaux.

 

Le monde méditerranéen se démarque aussi par une occupation humaine très ancienne. Zone de naissance de l’agriculture  et de l’élevage  au néolithique,  berceau de nombreux  grands  empires et riches civilisations  depuis l’Antiquité  et point de départ de la culture  occidentale, la région a joué pendant des millénaires  un rôle moteur dans la circulation des savoirs et le commerce mondial. À partir  du XVIe siècle, l’hégémonie  du monde méditerranéen  a commencé à décliner,  avec

le développement de la navigation océanique et la découverte de l’Amérique. Les États d’Europe deviennent alors beaucoup plus puissants et la mer Méditerranée perd son rôle de liant pour devenir une zone   de   clivage   culturel et économique entre les peuples qui bordent ses rivages.

 

 

Aujourd’hui, le monde méditerranéen, en plein mouvement, est confronté à d’énormes enjeux : les populations du Sud et de l’Est du bassin connaissent des évolutions particulièrement rapides de leurs modes de vie, liées à la globalisation de l’économie et à l’essor des moyens de communication et de transport ; elles revendiquent de profondes réformes politiques. De plus, le changement climatique touchera de plein fouet la région, avec, selon toute probabilité, une diminution des précipitations et une augmentation des températures et de la fréquence des évènements météorologiques extrêmes.

 

Ces évolutions affectent profondément les territoires, déstructurent les repères traditionnels et génèrent de nouveaux déséquilibres et fragilités à l’origine d’un accroissement de la vulnérabilité des sociétés et de leurs milieux : surexploitation sans précédent des ressources naturelles, dégradations environnementales, amplification des mouvements migratoires,  perte de savoirs locaux,  explosion des problèmes de santé liés aux modifications des modes d’alimentation et de vie… Mais ils  peuvent aussi être  sources d’opportunités  : démocratisation des régimes autoritaires, rapprochement des peuples, valorisation des spécificités territoriales…

 

Dans une vision prospective à l’horizon des vingt prochaines années, la recherche, l’innovation et la formation ont un rôle essentiel à jouer, afin d’accompagner ces évolutions vers un avenir souhaitable. Pour cela, il  est indispensable de dépasser le  cadre national et d’aborder les questions en considérant la région dans sa globalité, car les destins des peuples du pourtour méditerranéen sont liés. Il est également urgent de s’engager dans une démarche résolument exploratoire, afin de développer les capacités d’anticipation et de gestion adaptative des sociétés, tant rurales qu’urbaines.

 

C’est dans cet état d’esprit qu’a été mené l’atelier de réflexion prospective (ARP) PARME : « Quelles recherches et quels partenariats pour la Méditerranée ? », commandité par l’Agence Nationale de la Recherche française (ANR) et coordonné par Agropolis International. Ce document livre  une synthèse des réflexions menées pendant dix-huit mois par cent trente experts de diverses disciplines, issus des rives nord, sud et est de la Méditerranée, développées par ailleurs  dans le rapport final de l’ARP. Ces réflexions ont conduit, dans un premier temps, à identifier les grands enjeux auxquels la Méditerranée devra faire face à l’horizon 2030, à travers l’analyse de quatre-vingt exercices de prospective récents concernant la région. Dans un deuxième temps, les experts ont défini et développé les thèmes de recherche qu’ils  estiment  essentiels d’aborder dès à présent pour répondre à ces grands enjeux.